L’avantage d’avoir (bientôt) 20 ans et (presque) 2000 articles publiés sur ce blog, c’est qu’on retrouve parfois des articles qui n’ont pas perdu une ride, voire qui sont prescients. En 2011 j’avais publié un article sur le retrofit, une technique qui consiste à prendre un véhicule thermique classique, lui enlever son moteur, réservoir et autres éléments pour les remplacer par un moteur électrique et des batteries.
Cette solution évite la création d’un véhicule complet, économisant ainsi d’importantes quantités de matière et d’énergie. Cette pratique est maintenant tout à fait légale en France depuis Avril 2020 et il y existe des aides financières non négligeables qui vont dépendre du véhicule et des moyens financiers du ménage.
Ceci devrait et idéalement pourrait être pertinente pour les citadines qui font moins de 150 à 200 kms par jour et qui ne sont pas utilisées pour partir en vacances à l’autre bout du pays ou de l’Europe. Or ce sont la majorité des usages des voitures actuellement : les trajets quotidiens de proximité.
Les technologies des batteries ont évolué, tant dans leur capacité que dans leur cout avec 93% de réduction des couts de la technologie ion-lithium en 15 ans.
Combien de centaines de milliers voire de millions de voitures pourraient être concernées ? Combien pourraient effectivement être rétrofitées ? Cette solution aurait pour avantage de permettre une électrification – et ainsi une décarbonation – plus rapide des véhicules des classes moyennes et populaires qui n’ont parfois pas toujours les moyens d’acheter un véhicule électrique neuf, ou même d’occasion.
Cependant, selon cet article d’Automobile Propre, le retrofit pour les voitures individuelle serait encore loin d’être la panacée imaginée. En effet, celui-ci est trop cher car concernant tout du moins pour l’instant un marché trop restreint. On peut comprendre que les constructeurs automobiles soient peu enclins à la manœuvre.
La logique actuelle quasi artisanale fait que les coûts sont élevés pour l’heure et les faillites d’entreprises du secteur sont nombreuses. Selon le cabinet spécialisé Carbone 4, le retrofit n’est effectivement pour l’heure pas rentable pour les voitures citadines, a contrario des autres véhicules telles que les bus et les véhicules utilitaires mentionnés ci-dessous.
En revanche, on peut citer le cas particulier des voitures de collection des propriétaires fortunés qui veulent continuer à utiliser leurs Ferrari, Porsche et intéressant. Pour eux, le cout n’est pas forcément un frein. J’ai d’ailleurs mentionnées plusieurs fois la chaine Youtube Electric Classic Cars au Pays de Galle qui traite de ce sujet.
Bien sur, comme je le répète depuis longtemps ici même, la voiture électrique n’est qu’une solution parmi d’autres pour décarboner le secteur des transports. Notre pays a grandement besoin de plus d’infrastructures pour rendre notamment la pratique du vélo en ville plus désirable et moins dangereuse, et besoin de plus de transports en commun fiable et réguliers, de trains qui représentent une vraie alternative à la voiture, etc.
Pour élargir ce sujet, cet excellent article des Echos s’intéresse au rétrofit, non pour les voitures particulières mais pour les camions. Sur ce segment, le marché est déjà intéressant. Une flotte de camions étant plus facilement modifiable qu’une voiture par ci par là, notamment grâce aux économies d’échelle.
A noter également le cas des véhicules utilitaires légers (VUL : camionnettes etc) ou ca serait la encore intéressant, avec près de 70% des véhicules sur ce segment qui pourraient etre convertis. Le coût total de possession ( ou total cost of ownership, TCO) du véhicule ainsi modifié étant alors largement inférieur au passage à un VUL électrique neuf.
Pour finir, étant donné les nombreux avantages pour les villes des bus électriques, le retrofit serait la encore intéressant. A la clé, moins de bruit, moins de pollution, un cout moindre… Le site Transbus propose un résumé très complet sur ce sujet.
On l’aura compris, le retrofit comporte de nombreux avantages, et certains défis, que ce soit pour les voitures citadines, les véhicules utilitaires, les camions ou les bus.
Mais à l’heure ou la France consomme près d’un million de barils par jour en produits pétroliers pour ses transports terrestres et que le pétrole représente près de 2/3 de nos émissions de gaz à effet de serre, avec 170 millions de tonnes de CO2 en 2024, il est urgent d’utiliser tous les moyens à notre disposition pour décarboner rapidement le pays. Pour celà, le retrofit est un excellent moyen d’y arriver.


