Pour cette sixième partie de cette série sur la pollution lumineuse, on s’attele aux impacts de celle-ci sur la faune et la flore. Si vous avez raté les précédents articles, je vous renvoie à l’introduction ; aux enjeux énergétiques et financiers ; aux enjeux technologiques au niveau municipal ; à l’échelle de Bortle et à l’astronomie et aux impacts sur la santé humaine.
En préambule, un fait choc : « 28 % des vertébrés et 64 % des invertébrés vivent partiellement ou exclusivement la nuit. La majorité du vivant est nocturne. »
Depuis la nuit des temps, la vie sur Terre est régie par l’alternance du jour et de la nuit. Un environnement nocturne est donc essentiel pour toutes les espèces, notamment parce qu’il contribue à leur bon fonctionnement physiologique et à leur rythme biologique.
L’environnement nocturne constitue presque un écosystème à part entière, il est un habitat, une ressource, une condition de vie ou de survie. En effet, la plupart des espèces animales sont nocturnes et ont besoin du noir pour s’alimenter, se reproduire et se reposer.
La lumière a deux effets impactant majeurs : d’une part, un pouvoir attractif, elle attire certaines espèces animales et les désoriente et d’autre part, un effet répulsif, créant une barrière artificielle et morcelant ainsi certains habitats naturels.
Impact sur la végétation
Les plantes ont besoin de l’alternance jour/nuit pour le bon fonctionnement de leur métabolisme et de leur développement. Elles réalisent leur photosynthèse grâce à des photorécepteurs captant la lumière du jour. La nuit, seul persiste le cycle de la respiration.
En éclairant la nuit, on dérègle ces cycles fortement et quelques phénomènes s’observent lorsque des végétaux sont situés à proximité de lampadaires : trouble de la floraison, bourgeonnement précoce, et retard de chutes des feuilles.
Ces effets peuvent avoir des conséquences sur leur vulnérabilité et donc sur leur durée de vie (sensibilité aux pathogènes et maladies). La flore est déjà assez mise à mal par le changement climatique pour en rajouter…
Impact sur les insectes
Ceux-ci sont attirés par la lumière, ils tournent autour, meurent d’épuisement, et finissent par griller par la chaleur de la lampe ou deviennent une proie facile pour les prédateurs tels que les chauves-souris et les oiseaux.
La lumière est la deuxième cause d’extinction des insectes après les pesticides. Au bout de deux ans de fonctionnement, un point d’éclairage élimine la quasi-totalité des insectes nocturnes dans un périmètre de 200 mètres. Des études estiment à environ 150 le nombre d’insectes tués par lampadaire et par nuit d’été.
Cette hécatombe a des répercussions sur le réseau trophique (imbrication des chaines alimentaires dans un écosystème) qui dépend de ces espèces et sur les plantes, car de nombreux insectes nocturnes sont pollinisateurs ou phytophages.
D’après de nombreux entomologistes, l’éclairage artificiel la nuit est l’une des principales causes de la disparition d’un grand nombre de lépidoptères (papillons).
Le ver luisant et la luciole sont des bons indicateurs de pollution lumineuse. Sa reproduction est basée sur un signal lumineux émis par les femelles pour attirer les mâles jusqu’à plus de 45 mètres. Cette distance devient significativement plus faible dans les zones éclairées, diminuant d’autant les chances de rencontres. L’obscurité est donc un allié de sa survie.
Impact sur les oiseaux
Les 2/3 des oiseaux migrateurs se déplacent de nuit en s’orientant avec les étoiles. Le flot de lumière entraîne une déviation de leur trajectoire. Il peut causer leur mort par collision directe avec des obstacles (c’est ainsi que les insulaires ramassaient les oiseaux tombés aux pieds des phares) ou encore créer une mort par épuisement des individus.
Très sensibles aux stimulations optiques soudaines, les oiseaux sont sans cesse déroutés de leur axe migratoire originel et finissent par manquer de « carburant » pour terminer leur voyage.
Impact sur les mammifères
Les Chiroptères (les chauves-souris) sont les mammifères qui semblent les plus affectés par la pollution lumineuse. Certaines espèces sont repoussées par l’éclairage, c’est notamment le cas du Petit rhinolophe.
D’autres au contraire se retrouvent en compétition alimentaire autour des luminaires qui attirent les insectes. Ce phénomène génère des exclusions et la disparition localisées de
certaines espèces.
Impact sur la faune marine
La vie de nombreuses espèces aquatiques est liée à l’intensité lumineuse. Les milieux aquatiques sont aussi exposés à la lumière artificielle des agglomérations, des complexes de loisirs, des commerces et des industries.
La pollution lumineuse modifie les intensités, les couleurs et les fréquences auxquelles les organismes aquatiques sont habituellement exposés. Certaines études révèlent un phénomène d’attraction par la lumière artificielle, d’autres mettent en évidence une forte augmentation de l’activité nocturne.
Pour conclure, vous l’aurez compris, la pollution lumineuse est une vraie plaie pour la biodiversité. Il est donc important de trouver des solutions à ces problèmes nous permettant de mieux vivre en Harmonie avec la Nature si on veut ralentir, et meme qui sait, inverser l’effondrement du Vivant.
Image credits : Studies in bird migration (1912), Internet Archive Book Images — https://www.flickr.com/photos/internetarchivebookimages/14751586952/Source book page: https://archive.org/stream/studiesinbirdmig01clar/studiesinbirdmig01clar#page/n7/mode/1up, No restrictions, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=44089465


