Le faux débat sur la climatisation qui esquive tout le reste

On a vu récemment pendant les canicules meurtrières et destructrices de mai, juin et juillet (et la série n’est peut etre pas finie…) un débat politique d’un manque abject de profondeur qui s’est focalisé sur la climatisation au lieu de débattre sur le changement climatique au sens large.

Face à des sujets éminemment complexes, nous nous retrouvons dans une époque où l’on prefère la petite phrase assassine, le slogan qui fera le buzz, la fausse bonne idée qui restera dans les têtes pendant plusieurs jours ou semaines alors que nous avons cruellement besoin de débats posés, dépassionnés (et chiffrés !) qui font avancer les choses.

Ce faux débat sur la climatisation me met hors de moi alors que cette crise climatique (et systémique) mérite tellement mieux que ca :

Nous devrions collectivement discuter de l’isolation et de l’équipement des immeubles en tous genres (dont la clim’ fait partie, mais pas que). Il faudrait notamment évoquer tout ce qui est volets et autres protections extérieures qui manquent dans plus de 40% des logements.

Ceci rend la protection solaire difficile voire impossible. La couverture de survie et le blanc de meudon ne sont que des pis allers, des mesures d’urgence, qui ne peuvent être pérennes.

Au sens plus large, nous devrions débattre ensemble à l’échelle locale et régionale de la végétalisation de nos villes et quartiers (et en creux de comment on organise nos espaces) sans omettre la nécessaire accélération de la transition énergétique au delà des énergies fossiles… Et même qui sait, relativement rapidement, examiner nos modèles socio-économiques et de la fin du capitalisme néolibéral actuel.

Revoir nos logements, bureaux et autres hopitaux.

Il faut accélérer la rénovation des bâtiments de tous types, tant pour le confort d’hiver que pour celui d’été en rajoutant autant se faire que peut des pergolas, des brises soleil orientables (BSO), des stores ou auvents et autres volets extérieurs, en plus d’une isolation décente – si possible avec des matériaux bio-sourcés – avec un bon déphasage.

En effet, selon une étude explosive de l’IGNES 9 logements sur 10 ne sont pas adaptés y compris les logements performants énergétiquement ou récents; 1 logement sur 2 peut être considéré comme une « bouilloire thermique ».

Ainsi, toujours selon la meme étude,Près d’un tiers (31%) des logements classés DPE A sont considérés comme des bouilloires thermiques, révélait la société de conseil Pouget Consultants, en août 2024″ (Source: journaldunet.com) On voit ainsi une énième ineptie du DPE ou un logement peut avoir une étiquette A et très bien être une bouilloire thermique.

Au vu de la disparition des grands froids, on peut se dire que demain nos logements, bureaux et hôpitaux auront bien moins besoin de chauffage en hiver et que passer à des pompes à chaleur reversibles permettrait de chauffer les logements pendant la saison froide – meme rude, cf les pays nordiques – et rafraichir ceux-ci pendant les canicules.

La climatisation peut très bien etre prise en compte par un tel équipement technique qui procurera du chaud en hiver et du frais en été. Celux-ci consomment bien moins d’énergie que des chaudières gaz ou fioul et sont plus économes que des radiateurs grille-pain classiques. Avec un bon coefficient de performance et dans un logement économe en énergie et bien conçu, on peut offrir du confort toute l’année sans trop consommer d’électricité.

On peut alors imaginer que l’on reporte l’énergie non consommée lors d’hivers toujours plus brefs et toujours plus chauds vers un raffraichissement et une climatisation lors des étés qui sont toujours plus longs. C’est alors un pari gagnant, gagnant, gagnant.

A noter que parfois le but n’est pas forcément de climatiser tous les logements et autres batiments dans leur entièreté mais de privilégier des solutions multiples, qui s’adaptent au mieux en toute saison.

La clim n’est en effet pas la seule solution pour rafraichir les occupants et habitants et leur apporter un courant d’air. Les ventilateurs de plafond (également appelés brasseurs d’air) doivent faire un retour dans nos immeubles. En effet, ils permettent une véritable sensation de bien-etre dans un logement qui est déjà équipé de protections solaires extérieures et bien isolé.

J’en ai fait l’expérience lors de ma période aux Etats-Unis ou j’avais pu bénéficier d’un ventilateur de plafond dans deux logements différents. La consommation d’énergie est ridicule – de 30 à 50 W/heure à comparer aux 800 à 1 500 W/h pour une climatisation – et le gain de confort est malgré tout notable.

Il faut idéalement mutualiser l’équipement au sein d’un meme immeuble pour éviter les montages tels qu’en illustration. Ceci permettrait de gagner également en efficience énergétique car toutes les climatisations ne se valent pas.

Le modèle de premier prix qui se fixe à la fenetre est plus un bricolage destiné à faire face tant bien que mal à une situation d’urgence ponctuelle. En revanche, l’installation d’une pompe à chaleur air-air nécessitera plus d’argent et plus de travaux mais pérénisera l’installation et augmentera l’efficacité de l’installation (et donc coutera moins cher à long terme en termes d’énergie consommée).

Une vraie refonte de nos villes… et de nos sociétés

Mais au dela de la question de nos logements, bureaux et hopitaux, c’est surtout de tout le reste dont il faut débattre si on veut éviter de vraies hécatombes dans le futur.

Tout d’abord, une ville qui garderait ses espaces pour la sacro sainte voiture ne pourra recevoir assez d’arbres pour etre rafraichie. Or, les arbres et espaces verts sont un besoin vital pour les millions d’habitants de nos villes. Une fenêtre laissée ouverte la nuit qui donne sur une rue asphaltée et bétonnée n’apportera pas le meme confort qu’une même fenetre qui donnerait sur un parc, un jardin ou une rue arborée.

Il faut donc trouver et prendre de l’espace et rapidement enlever des places de parking pour planter des arbres et autres espaces verts. Cela ne plaira pas à tout le monde, notre pays étant le champion du tout voiture.

Il faut aussi idéalement créer des tiers-lieux ouverts jour mais aussi durant la nuit afin de proposer une véritable répit face à la chaleur des bouilloires themiques mal concues. On peut par ailleurs réfléchir aux réseaux de chaleur qui se développent de plus en plus, mais également aux réseaux de froid comme on voit dans les grandes villes.

De plus, si on veut etre prets pour les canicules de demain, après-demain et 2050 il faut par ailleurs blanchir les toits qui peuvent l’etre (afin de faire diminuer l’albedo et l’effet de chaleur urbain), mais aussi arreter de construire des inepties de verrières, serres horticales et autres fours qui sont invivables quatre mois de l’année…

Sur tous ces sujets, nous devons agir maintenant et ne pas perdre de nouveau 20 ans comme on l’a fait avec la “petite” canicule et sécheresse de 2003 (qui avait tué à l’époque plus de 15 000 personnes).

Pour finir, nous devons impérativement nous pencher sur d’autres sujets bien plus complexes et pourtant primordiaux, comme l’abandon des énergies fossiles et l’utilisation d’un modèle d’économie qui prendrait en compte les limites de notre belle planète.

Au niveau mondial, nos économies tournent toujours à plus 85% aux énergies fossiles. Sans transition énergétique au dela du pétrole, du gaz et du charbon, on peut et on doit s’attendre à bien pire au niveau catastrophes climatiques dans les années et les décennies à venir.

Sans un nouveau modèle économique et social qui ne pronerait plus la croissance économique infinie dans une biosphère bien délimitée, nos sociétés se condamnent à un épuisement des ressources de tous types, à un effondrement de la biodiversité (on ne peut climatiser nos forets, nos champs, nos fleuves, nos jardins…), à des pollutions massives de l’air, de l’eau et de nos sols… Et ainsi, à l’éffondrement des sociétés humaines.

Nous avons tous tant à faire. Il serait plus que temps que nous prenions collectivement conscience de tout cela et que nous agissions ensemble.

Main image credits with AC units : Stephan HK on Unsplash.
Trees in a city image credits : Robert Bye also on Unsplash.

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