Pour cette troisième partie de la série sur la pollution lumineuse, nous allons parler technologies. Si vous n’avez pas lu les précédents articles, n’hésitez pas à vous reporter vers l’introduction et la partie sur les enjeux énergétiques et financiers.
Du fait de l’explosion des coûts de l’électricité après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, de plus en plus de communes pratiquent l’extinction partielle ou complète de l’éclairage. Selon ENEDIS, il y a eu en 2022 une baisse « historique » de 20 % de la consommation de l’éclairage public en cœur de nuit (00-04 heures), 68 % des maires auraient déjà pris des mesures pour limiter l’éclairage public.
Rénovation et « relamping » LED.
La meilleure solution pour les finances locales est de passer à la LED (on utilise alors le terme technique de ” relamping”) et en même temps, couper au moins une partie de l’éclairage entre 23 et 5 heures du matin et/ou diminuer l’intensité de l’éclairage. Ceci permet d’atteindre 40 à 50 % d’économies réalisables, voire bien plus.
Il y a d’importants impératifs de modernisation, notamment au niveau de l’éclairage boule – modèle en haut à gauche sur le dessin ci-dessous – qui est interdit depuis le 1er janvier 2025. C’est un enjeu lourd pour les petites communes avec un million de lampadaires de ce type selon l’Etat.

Quelques chiffres
Selon la FNCCR (Fédération Nationale des Collectivités Concédantes et Régies), le remplacement des éclairages non conformes ou trop consommateurs représentera 12 milliards d’euros d’investissements dans les années à venir. Il y a déjà 30 à 35% de l’éclairage qui est passé à la LED.
Historiquement, le renouvellement annuel était de 3% du parc. De nos jours, on est plutôt sur du 8% par an. Ce changement à marche forcée se fait alors que 30 à 40% des luminaires ont plus de 25 ans.
Diviser par deux ou par trois la consommation d’énergie est faisable en passant à la LED. Comme dit plus haut, plus d’économies sont réalisables si on coupe l’éclairage ou qu’on module l’intensité entre 23 heures et 5 heures du matin. Le CEREMA (Centre d’Etudes et d’expertise sur les Risques, l’Environnement, la Mobilité et l’Aménagement) propose une page très intéressante sur le Schéma Directeur d’Aménagement Lumière (SDAL)
L’éclairage LED, c’est forcément mieux ?
Si la technologie LED consomme 8 à 10 fois moins d’électricité que la technologie à incandescence d’Edison, au niveau de la santé, « (c)es lumières bleues se multiplient, et leur impact est de plus en plus préoccupant : dans un rapport de 2019, l’Anses confirme (…) les effets néfastes d’une exposition à la lumière bleue, même faible, sur les rythmes biologiques et le sommeil. En ce sens, la lumière artificielle se révèle être un perturbateur endocrinien majeur.”
Il faut donc choisir tant pour l’éclairage urbain qu’à l’interieur des bâtiments un éclairage chaud. Je vous invite à lire la page wikipedia sur ce sujet.
Des enjeux d’efficacité énergétique mais aussi de sobriété.
Si les communes et les établissements publics font de leur mieux pour faire des économies, certaines entreprises et autres acteurs privés vont parfois dans le sens inverse. On peut citer notamment le cas des entrepôts et autres centres logistiques qui éclairent à fond et partout, sans trop se soucier des riverains ou de la faune et de la flore.
De nombreuses solutions innovantes
Face à ce problème épineux – il faut malgré tout continuer à éclairer les cités et les citoyens tout en faisant des économies et en préservant l’environnement – certaines communes innovent en couplant l’éclairage urbain soit à des détecteurs de mouvement soit à des systèmes de commande.
Une autre possibilité offerte par la technologie LED : moduler la quantité consommée, et donc l’intensité de l’éclairage. Ce pose alors la question : “éclairer juste ou juste éclairer ?”
L’éclairage public rélève généralement des compétences des Syndicats Départements de l’Energie (SDE). On peut citer le cas à Marseille d’une application visant à recenser «toutes les sources lumineuses inutiles ou excessives dans l’espace public”. Une démarche citoyenne qui devrait faire des émules…
Pour conclure, on peut noter que si les communes ont dans un premier temps éteint les lumières, certaines les rallument du fait de plaintes pour une insécurité perçue. Il faut trouver le bon équilibre entre protection de la Nature, de la santé humaine et de la société. C’est comme tout une question difficile aux enjeux énormes.
Crédits images : Misha Kliap sur Unsplash.


